Disparition de la céramiste et sculptrice sétoise Valentine Schlegel (Sète 1925 – Paris 2021)

Valentine Schlegel est décédée à Paris le 16 mai dernier à l’âge de 95 ans, quelques mois à peine après Yvonne Brunhammer, figure emblématique du MAD (Musée des Arts Décoratifs de Paris), qui fût longtemps sa compagne.


Valentine naît et grandit à Sète, ville qui n’a cessé de l’inspirer et avec laquelle elle a gardé des attaches toute sa vie. Issue d’une famille d’artisans (père menuisier-tapissier), sa forte personnalité créatrice et non conventionnelle, ainsi que son goût pour l’art de vivre à la sétoise, l’amènent à fréquenter le milieu des pêcheurs, la liant d’amitié avec Charles Biascamano, mais également avec Agnès Varda, rencontrée sur les bancs de l’école pendant la guerre et Jean Vilar, l’époux de sa sœur aînée Andrée.
Après les Beaux Arts de Montpellier, elle rejoint la capitale où elle découvre la céramique, tout en maîtrisant de multiples autres techniques pour réaliser ses objets (vases, lampes, accessoires divers), destinés à un quotidien qu’elle souhaite exceptionnel, joignant le Beau à l’Utile.
Avec Jean Vilar et le TNP à Avignon, dans l’après-guerre, elle travaille pour le théâtre : accessoires, éléments de décor, costumes …
On trouve au Musée Paul Valéry de Sète un buste de Jean Vilar en terre cuite, qu’elle a réalisé.
En 1956, elle crée le pôle modelage des Ateliers pour les moins de 15 ans au MAD de Paris, où elle enseigne jusqu’en 1987. Agnès Varda réalise en 1966 un court métrage sur cet Atelier, intitulé « Les enfants du Musée ».
Sur le tournage de « La pointe courte » (1955), Valentine a déjà collaboré avec son amie Agnès comme directrice artistique du film.
Dans les années 60, elle conçoit ses fameuses cheminées-sculptures asymétriques, habillées de plâtre blanc et composées d’étagères, de vide-poches, de bancs, qu’elle réalise sur commande chez des particuliers : Gérard Philippe et Jeanne Moreau parmi tant d’autres.

Une manière de travailler originale et singulière

Valentine Schlegel a inventé une manière de travailler originale et singulière, révolutionnant la conception des espaces de vie privés, à contre courant de son époque, sur un chemin de liberté loin des habitudes du marché de l’art.
Sa cote est actuellement en forte hausse tant en France qu’à l’étranger.
Elle a été redécouverte récemment et révélée à un large public par Hélène Bertin, jeune femme artiste qui s’est passionnée pour sa vie, sa personnalité et son œuvre et a été la commissaire de l’exposition au CRAC de Sète en 2019 intitulée «Tu m’accompagneras à la plage », qui lui a été consacrée aux côtés des œuvres d’Anne-Lise Coste.
Sur le parvis de ce même musée sétois, un bel hommage lui a été rendu ce vendredi 21 mai par Anne-Lise Coste et la céramiste Cyrielle Garrigues, en forme de performance où un public d’adultes et d’enfants a été invité à laisser ses empreintes d’argile sur des draps disposés au sol.
Les traces laissées par Valentine Schlegel, quant à elles, s’inscrivent dans l’âme de notre ville et bien au-delà, comme le témoignage de ce que peuvent être la vie et l’oeuvre d’une femme libre et créatrice.


A propos de Le chardonneret 3 Articles
Le chardonneret est un petit passereau chanteur au plumage coloré. Il intègre dans son chant les sons de son environnement et imite parfois même le chant d'autres oiseaux. C'est ainsi que le chardonneret du littoral se distingue de celui de la montagne ... Son chant est si réjouissant que, comme le canari, il séduit des passionnés, malheureusement !