Sète: Des Paniers vraiment Solidaires

Ironie du sort ! Au moment même où l’association Foodwatch publie un rapport alarmant sur l’ampleur des fraudes alimentaires en France, Les Paniers Solidaires, épicerie citoyenne et sétoise, fêtent leur premier anniversaire.

Je retrouve 3 bénévoles du collectif, trentenaires lumineuses, Caroline, Souad et Camille, autour d’une bonne tasse de thé en fin d’après midi. Il fait beau, la fenêtre est grande ouverte sur la Place du Poufre. C’est ici que tout a commencé, il y a juste un an après le début du premier confinement. 

En pleine sidération collective et suite à la fermeture des marchés alimentaires, Souad et Rafaël, du collectif Sèt’ensemble contactent une maraîchère, Aurélie, chez qui ils avaient l’habitude de se servir au marché du mercredi. Une première livraison de 25 paniers de légumes, à 10€, s’organise dans le couloir de leur immeuble…

Faire vivre la solidarité

Souad : Avec juste un peu de communication, -et la communication c’était surtout quelques textos et aller voir les voisins- dès la semaine suivante, la distribution monte directement à 100 paniers. 

Caroline : Bon, très vite, la cage d’escalier était encombrée de cagettes, c’était plus possible, et du coup, on est passés chez Homard et Dindon, un restaurant qui avait fermé à cause du confinement. Ils nous ont ouvert leurs locaux, leurs frigos et leurs placards pour qu’on puisse travailler, préparer les commandes, distribuer. 

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Un site internet est créé pour gérer les commandes. Les Paniers Solidaires sont nés. Les distributions hebdomadaires  iront jusqu’à 350 paniers en plein confinement.

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Le programme de départ est simple et généreux : proposer un approvisionnement  en produits frais et de qualité, permettre aux producteurs locaux privés de marchés d’écouler leurs fruits et légumes, faire vivre la solidarité. 

Chacune et chacun est invité.e à se charger des commandes et livraisons pour les voisines et voisins fragiles, afin de leur éviter de sortir faire leurs courses. Il est aussi proposé de participer à une caisse de solidarité pour aider les plus démunis. 500 kgs de denrées alimentaires ont ainsi été données aux Associations sétoises de maraude pour les sans abris, et 90 paniers composés de denrées variées ont été distribués à des familles précaires.

«C’est pas mal» sourit Souad.

C’est pas mal. Mise sur pause pendant l’été, l’initiative reprend fin octobre «par un incroyable hasard» juste avant l’annonce du 2ème confinement. Cette fois, la distribution est bi-mensuelle, une gestion moins  lourde pour l’équipe de bénévoles, et cohérente avec le maintien des marchés alimentaires. 

Une alimentation de qualité…une aventure pour toutes et tous

C’est pas mal. Des paniers de légumes et d’agrumes, du shampoing sec, du Comté, de la Fourme d’Ambert, des abricots secs, différentes sortes de farines, de riz, de lentilles, du thon à l’huile, du miel, des confitures, du thé du café, des tielles, des yaourts, du Saint Nectaire délectable, des huîtres, du sucre, de la charcuterie espagnole, des oeufs, toutes sortes d’huiles, des pommes rouges, du poisson très frais des petits métiers de l’étang, du Cantal, du savon artisanal, du pain sans ou avec gluten…Une centaine de produits différents, bio au 2/3, tous locaux?

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Camille: Non, tout n’est pas local, mais tout est en circuit-court. Le plus loin, c’est les agrumes de Valencia. Ou le Comté bio du Jura. Rien ne traverse les océans. Surtout pas le poisson!

Poissons et mollusques issus des petits métiers de l’étang de Thau sont vendus en paniers surprises. Une façon inédite de redécouvrir des poissons délaissés, et grâce aux conseils de Clément, d’apprendre à les préparer et à les cuisiner (une recette de daube de poulpe est sur le site! ndlr).

L’Ancre : A l’heure où l’association Foodwatch révèle une fraude massive sur l’alimentation- origine falsifiée, contrefaçons toxiques ou labels usurpés,** connaître l’origine des produits, être en contact direct avec les producteurs et productrices, c’est capital, non?.

Souad : Oui vraiment. On les connaît et on traite directement, sauf pour certains produits secs qu’on achète en bio sur une plate forme certifiée. On voulait proposer une alternative aux supermarchés, et on voulait aussi rendre accessibles des produits de bonne qualité, sans casser le producteur avec des prix négociés. On ne va pas chercher les prix au rabais, puisque nous n’avons pas de frais, de loyers, de charges.

Camille : Nous avons une marge de 10% qui nous permet juste d’équilibrer les pertes, il faut dire que nous n’avons pas de système de pré-commande. On achète, et ensuite on vend au détail, ce que les gens prennent. D’autres systèmes d’épicerie solidaire ne vont commander que ce qu’ils ont déjà vendu en pré-commande, on a toujours une petite marge tampon, une petite part d’inconnu, c’est l’Aventure ! C’est ce qui fait que c’est excitant, hein ! mais il faut apprendre à se détendre… (rires)

Caroline : On  a plein de questions sur le modèle économique. On regarde ailleurs, comment ça se passe dans d’autres modes d’épiceries solidaires. On est allées parler avec les gens de la Coop Singulière, par exemple. Nous avons un fonctionnement différent. Nous, on a une volonté de simplification de l’utilisation de l’épicerie, les gens peuvent venir un jour, ou pas, c’est le libre engagement, pas de contraintes organisationnelles ou fonctionnelles. C’est un choix , quoi.

Camille : Ça rend les choses accessibles à des gens très différents, des retraités, des gens un peu plus confort, d’autres avec peu de moyens, des étudiants, tous les âges. Nous avons 5 points de distribution, ce qui facilite, aussi. Dont 3 chez des adhérentes des Paniers.

L’Open Space, rue  Garenne, lieu de diffusion artistique  et Le 51, rue Pierre Semard, local associatif,  tous deux précarisés car privés d’activité, accueillent les Paniers, qui -grâce à la fameuse marge de 10%- offrent une petite contribution régulière pour payer les loyers. La solidarité est décidément multi-formes.

Sans domicile fixe

L’Ancre : Avant ça, vous avez brièvement été hébergés dans un couloir, au local d’Alternative Sétoise*, puis, bien plus longuement, Chez Homard et Dindon. Il n’a pas été possible de trouver un local pérenne? J’imagine que  vous avez tenté votre chance du côté de la Mairie.

Souad : Oui, le Maire est passé nous voir, entre les 2 tours des élections, et nous a félicité pour cette belle initiative. Il nous a conseillé d’appeler l’un ou l’autre,  mais nous avons été éconduites… rires. (encore!)

Caroline : Il faut savoir que même si on se veut indépendants, les Paniers, c’est Sèt’ensemble, et Sèt’ensemble, c’était aussi-mais pas que- Alternative Sétoise. Nous représentions l’opposition et de fait, la Mairie nous a refusé des locaux. C’est comme ça.

Souad : Nous on se détache de tout engagement politique. Dans l’équipe des Paniers, il y a des gens qui viennent d’horizons différents, mais qui trouvent pourtant que cette manière de consommer est plus intéressante que d’aller au super-marché, et plus intéressante pour l’environnement.

Camille : C’est vrai que dans la mesure où on influe sur les pratiques de consommation, ce qui implique aussi une  relocalisation de la production, on fait de l’aménagement du territoire et donc on fait du politique. Ça  ne veut pas dire qu’on fait de La politique. 

Caroline : C’est ça , c’est tout à fait ça.

Souad : Bien résumé, on gardera cette phrase!

(rires)

Caroline : C’est une belle aventure humaine, et c’est vrai que si je dois parler des Paniers et du 1er confinement, c’était un geste vers l’extérieur, une bonne action, mais aussi, perso moi j’en pouvais plus d’être enfermée chez moi, et qu’on m’impose tout, y compris ce que je pouvais manger. Et là, par ce biais, j’ai rencontré plein de gens différents, engagés, géniaux, actifs, et qui des fois, se sentent démunis tout comme moi, et on s’est retrouvés. C’est des petites choses, mais qui font de l’humain.

Camille : On est tous un peu versés dans ces théories d’implication, d’action citoyenne, hé bien! des fois, mettre de la pratique, sous ou sur la théorie, ça fait du bien, ça permet de faire exister les concepts.

Souad : Une petite précision encore, on n’a jamais été cluster de Covid, on touche du bois, mais on est sérieux, on a porté le masque avant qu’il soit obligatoire, des gens nous apportaient des masques en tissu aux Paniers. Et il y avait toujours dans le mail des bénévoles «Si vous êtes enrhumées, on vous aime quand même, mais restez chez vous, vous viendrez une autre fois..».(rires)  

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L’Ancre : Et pour l’avenir, quelles perspectives?

Ensemble : On continue!

Caroline : L’initiative des Paniers a fait naître un collectif et au sein de  ce collectif, il y a toutes sortes d’idées qui bouillonnent.`

l’Ancre : Les Paniers solidaires sont nés avec le Covid, grâce au Covid, mais ne vont pas s’arrêter avec le vaccin?

Camille : Non, je ne pense pas. il y a eu au moment du confinement, un souffle et une information larges : Nos modes de consommation ont un impact sur l’environnement. Est-ce que les gens ont massivement changé leurs habitudes? J’en suis pas persuadée. Mais si nous pouvons faire durer un peu le plaisir, enfin, je veux dire, poursuivre la diffusion de ce message, continuer à sensibiliser les usager.es du territoire…

L’Ancre : les Paniers, ce n’est pas seulement une épicerie, c’est aussi une philosophie?

Camille: Oui, ou plutôt un art de vivre! (re-rires…)

* Alternative Sétoise: Liste d’opposition écologiste composée de citoyen.nes, collectifs et partis de gauche aux dernières élections municipales à Sète

**Manger du faux pour de vrai, d’Ingrid Kragl, aux éditions Robert Laffont, mars 2021, 21 euros.

Les Paniers Solidaires

A propos de Xénia Marcuse 16 Articles
Autrice de théâtre, jardinière, cycliste, scénographe, peintre décoratrice, nageuse, citoyenne sétoise, Xenia Marcuse est aussi co-fondatrice de L'ancre.